Genre, tout le monde fait un article sur la rentrée. C'est un peu comme Noël, l'ensemble de la population pré-pubère se sent obligée de raconter ses impressions sur le sujet (moi comprise). Bien sûr je vais le faire aussi. Seulement voilà, les impressions du début semblent toujours s'avérer fausses au bout de quelques semaines à peine. Donc voilà, je fais les constats plus d'un mois après la fameuse et toujours douloureuse rentrée - ce qui n'implique pas une impression définitive sur tout le long de l'année. Il y a eu, évidemment, les premiers jours, qui ont tout changé, trop changé. Il y a eu le moment où j'ai remarqué les points positifs, ma Sylou que je retrouve, et les autres, ceux avec qui les moments partagés étaient rares. Et puis il y a eu celui où j'ai regretté l'année passée dans son intégralité, et où je me suis rendue compte que, bien que je n'aurais jamais pensé dire ça un jour, j'attendrai les cours d'anglais toute la semaine. Après un mois de cours, les avis sont restés je crois. La rentrée n'est pas complètement merdique, mais voilà, y'a ces détails - si gros que c'est d'ailleurs un euphémisme que d'oser les appeler détails - qui sont là, qui suivent les heures, et puis au fond sans eux ce ne serait pas la rentrée. En fait, c'est peut-être mieux d'écrire nos impressions le jour de la rentrée, on se dit inconsciemment que c'est toujours comme ça, et que dans deux semaines, ça ira mieux, mais rien ne change. On change. L'habitude, et puis on se résigne.
L'être humain est un éternel insatisfait. Tu passes la moitié du collège à attendre le lycée, des crétins te racontent que "16 ans, c'est le plus bel age de la vie" ( remarquez qu'ils font ça avec tous les âges ), et résultat, une fois que tu es en plein dans ce changement tant espéré, tu n'as qu'une seule envie, revenir en arrière. Juste un peu. Je suis ni plus heureuse ni plus malheureuse qu'avant. Je continue à me traîner, comme la plupart des gens autour de moi. On vit tous les uns à coté des autres, avec nos problèmes plus ou moins factices et inavouables. Je ne me sens même pas exceptionnelle, ou différente, pour faire quelque chose de bien avec ce que je ressens. Je me dirige vers ce putain d'âge adulte, en sentant bien qu'au fil des années tout s'émousse, même ce qu'on croyait être le plus fort, le plus piquant. Ce qui faisait mal fait moins mal. Et les bonheurs les plus fulgurants deviennent monotones et fadasses. Je déteste ça. Camus a dit: "La seule position cohérente face à l'absurdité de la vie, c'est la révolte". Je le soupçonne d'avoir raison, mais je me soupçonne aussi de n'en être pas capable.
Je me sens absolument pas adulte. Je sais pas trop où je voudrais en venir, dans ce texte. C'est même pas le problème de savoir que je regrette de ne pas en avoir assez fait, quand j'avais du temps et que ça n'avait pas de conséquences. C'est plutôt un problème flou. Comment peut on, par exemple, devenir le parfait étranger de quelqu'un en deux mois? Comment est ce que ça se produit, ces cassures dans une vie? Pourquoi est-ce que quand on est en plein dedans, en plein dans ce sentiment d'étrangeté, on ne cherche pas à arrêter la machine - avant qu'il ne soit trop tard ? J'ai l'impression de plus rien comprendre. Une partie de moi déteste les vieux dictons stupides "On ne peut être heureux qu'à deux", j'en veux à cette société trop superficielle, qui te pousse à sortir des "Je t'aime" complètement faux au bout de deux jours, où tout est trop fort, trop ivre, et en même temps trop cassé. Et pourtant j'aurais voulu pouvoir y croire. J'aurais aimé qu'on me dise, rien qu'une fois, que j'avais tord. Je sais même pas ce que je veux, j'ai plus d'échelles de valeurs, je suis perdue. Qu'est ce que j'attends? Qui je suis? Ou je vais?